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 Demon Soul: Prologue au clair de lune

2/9/2008
    La nuit constellée d’étoiles et la clarté de la lune à son zénith dessinaient une ombre élancée dans l’église en ruines. Les pierres qui jonchaient le sol, vestiges des colonnes ayant soutenu le toit maintenant disparu de l’édifice, restaient impassible alors que l’homme debout devant l’autel se récitait une nouvelle fois la légende à laquelle il avait consacré sa vie.
    Le récital s’interrompit lorsque la porte s’ouvrit à l’autre bout de la pièce. Un homme encapuchonné entra, un sabre attaché dans le dos et un long et fin paquet en main. La silhouette face à l’autel reprit sa mélopée.
-Alors arrivera un homme pour le porter, et le démon renaîtra à travers lui, pervertissant lentement son esprit et prenant peu à peu possession de son corps pour terminer le travail qu’il avait débuté des siècles plus tôt...
    Le nouveau venu en leva son manteau et le jeta nonchalamment par terre avant de s’approcher de l’étrange prophète. Il avait la peau pâle et de minces et malicieux yeux bleus, encadrés par de longs cheveux de feu attachés au niveau de la nuque et tombant sur sa taille. Ses pas résonnaient sur le vieux plancher pourri, évitent les restes de statues religieuses dispersées ça et là sur le sol.
-J’ai ce que vous m’avez demandé.
    L’autre se retourna. C’était un homme au teint hâlé, imberbe, et aux iris brillant intensément d’une lueur dorée. Une cicatrice en croissant entourait son oeil droit. Il était vêtu de simples pantalon et bottes noirs et d’une tunique blanche à large col ouvert sur la poitrine, laissant apparaître un tatouage en forme de soleil sur son coeur.
-Donne-le moi, ordonna-t-il de sa voix puissante et autoritaire.
-Quand vous m’aurez payé, répondit l’autre.
    Ses prunelles bleues marine rencontrèrent les yeux d’or de son employeur. Un frisson le parcourut.
-Je te paierai quand je serais sûr que c’est l’authentique.
    L’homme aux cheveux rouges soupira, autant par peur inavouable que par agacement, et enleva les étoffes mauves qui recouvraient l’objet, dévoilant ainsi un katana anormalement long rangé dans fourreau violet. L’arme devait faire à peu prés un mètre vingt et semblaient parcourue de colériques palpitations, comme si un être enfermé à l’intérieur exprimait son besoin d’évasion. Le prophète aux yeux dorés tendit la main vers le sabre pour l’attraper.
-Je vous conseille de faire très attention à cette arme, conseilla le mercenaire aux cheveux rouges, interrompant ainsi son employeur dans son mouvement. Je n’ai eu aucun mal à la voler, mais quand je l’ai touchée, j’ai cru que mon cerveau se consumait. Il y a quelque chose de maléfique dans ce sabre.
    Son mandant hésita. Il tentait de masquer la peur naissant en lui, le faisant suer de tout son corps. Sa main tremblait, figée à quelque centimètres du katana. Il inspira profondément, puis chassa sa peur superstitieuse et attrapa la poignée du sabre.
    Il ressentit instantanément une décharge électrique qui raidit tous ses muscles, et la vision furtive d’une silhouette aux milieux des flammes acheva de le pétrifier. Un spasme musculaire à son bras fit bouger sa main, et la lame sortit de dix centimètres du fourreau. Il regarda le reflet dans la lame. Il aurait dû voir ses yeux, mais à la place se trouvaient deux prunelles écarlates entourant deux pupilles verticales.
    Un cri déchira le calme de l’église aussi aisément que ce sabre pouvait trancher les membres. Le mercenaire recula, laissant tomber l’arme. Il regarda celui qui l’avait engagé tomber à genoux en se tenant la tête dans les mains. Le cerveau qui se consumait de l’intérieur...
    Il ferma les yeux, refusant d’assister à cette terrifiante manifestation démoniaque. Il ne les rouvrit que quand il entendit la « victime » haleter, recroquevillée sur le sol.
-Vous êtes content? demanda-t-il en essayant de reprendre son habituel air arrogant. Maintenant que vous êtes sûr que ce sabre est vraiment votre «Âme », payez-moi et retournez à vos rituels!
    En vérité, il se moquait bien de sa prime, à présent. Tout ce qui l’importait, c’était de pouvoir déguerpir au plus vite.
-Tu l’as trouvé, chuchota la voix maintenant calme du mandant. Je dois le détruire.
    Il se leva doucement, l’arme à la main, et se dirigea vers l’autel.  Le mercenaire hésitait entre partir et rester. Il vit son employeur poser l’objet sur l’autel et le cesser du bout de doigts.
-Je dois le détruire, annonça-t-il.
    Il leva sa main droite vers le ciel étoilé, et sa paume se mit à luire. Il regarda la lune qui semblait l’observer, puis baissa les vers le sabre. Il poussa un cri de stupeur et écarquilla les yeux en voyant le katana et son fourreau entourée d’un étrange et fluide brouillard rouge.
-La magie du Démon! hurla-t-il. Il faut réduire le réduire à néant maintenant!
    Une lueur de démence brillait dans ses yeux. Le brouillard rouge se mit à tournoyer dans la pièce. Il abattit sa main sur l’arme. Une lueur dorée inonda la pièce, noyant dans son sillage d’or la brume cramoisie émanant du sabre. Quand les ténèbres revinrent, la sabre avait disparu.
-Je n’ai pas réussi à le détruire, dit une voix. Il a trouvé son maître.
    Le mercenaire recula vers la porte en chancelant. Il jeta un regard interrogateur au prophète accroupi dans un coin sombre de la pièce.
-Son maître et son esclave. Son bourreau et sa victime. Nous allons tous mourir...
    Il sanglotait. Sa silhouette évoquait une créature de la nuit tapie dans une caverne en attendant la tombée du jour. Le mercenaire aux cheveux cramoisis se dit finalement qu’il pouvait patienter avant d’être payé. Il ouvrit la porte de l’église et partit en courant, ignorant le regard doré empli de démence qui était dirigé vers lui.

Catégorie : Demon Soul

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