Ezariel, Chapitre 1
15/6/2008
Le coucher de soleil était mauve. Un mauve tirant sur le bleu et parsemé de teintes roses. A ce stade de la journée, le soleil ne faisait pas mal aux yeux, il projetait juste une agréable sensation dapaisement qui faisait oublier la solitude lorsquon le regardait. Cest pour cette raison que le cavalier du désert chevauchait sans cesse vers ce soleil, avec toujours la même envie de lattraper, de le tenir dans ses mains pour les réchauffer, et, parfois, quand il se sentait basculer lentement vers la folie, lenvie de lécraser entre ses doigts. Alors que le globe orangé disparaissait derrière les montagnes pour se lever à lautre bout du monde, le cavalier sentit sa monture faiblir. Il larrêta et se prépara pour la nuit. Il se coucha sur le sable encore brûlant sans se préoccuper du martèlement de la chaleur sur sa peau. Il avait lhabitude davoir chaud. Il bascula lentement dans le sommeil, pour finalement fermer les yeux sur la vue des étoiles scintillant par milliards dans le ciel noir et, à lEst, lénorme Lune Rouge qui le scrutait comme un oeil céleste. Il avait lhabitude davoir chaud. Il bascula lentement dans le sommeil, pour finalement fermer les yeux sur la vue des étoiles scintillant par milliards dans le ciel noir et, à lEst, lénorme Lune Rouge qui le scrutait comme un oeil céleste. Il rêva. Et... Il se souvint. ......
Janiriel entra dans le hall du palais avec une expression de fureur sur le visage. Tous les visages de citoyens et de paladins présents se tournèrent vers lui, son aura ayant embrasé toute la pièce dun incendie spirituel. Il parcourut la foule des yeux un long moment, plissant les yeux sur chaque visage pour le reconnaître. Il sarrêta au bout dun long moment sur les iris rouges de Ezariel, qui soutenaient son regard. Il poussa un cri de rage et se dirigea vers son ravisseur pour lui administrer une bonne correction. Il se campa devant le jeune homme aux cheveux blancs et aux yeux écarlates et lagrippa par le col. - Quas-tu fait? Demanda-t-il. - Vous avez une plume dans les cheveux, maître, répondit Ezariel avec un air indifférent sur le visage. -Une plume? Bien sûr quil y a une plume! Mon lit a été recouverts doiseaux morts! Rugit le paladin furieux. Quais-je donc fait cette fois pour mériter de dormir avec des cadavres de volatiles? -Vous pensez que cest moi qui aurait pu faire cette plaisanterie idiote? Grogna le jeune apprenti de quinze ans avec un air de défi dans le regard. -Bien sûr que cest toi! Je tai ordonné de me chasser un oiseau et de me le ramener comme punition, et toi, avec ton sale caractère, tu nas pas pu tempêcher de me défier! Janiriel leva son poing vers ladolescent qui ne bougea pas dun pouce. Ezariel se souvenait effectivement avoir eu cette punition totalement injuste, mais jamais il naurait été assez idiot pour répondre cette manière aux ordres irréfléchis de son maître. -Vous savez que ça nest pas mon genre, maître, rétorqua donc lapprenti avec un sourire moqueur. Janiriel jeta son disciple au sol et abattit son poing. Ezariel se releva de justesse et la main de son maître émit un craquement en heurtant le sol. Le paladin poussa un hurlement de douleur en levant sa main broyée tandis que son élève se relevait et époussetait ses vêtements. -Vous avez mal, maître? Senquit-il. -Bien sûr que jai mal! Rugit Janiriel avec fureur. Que lon mapporte un guérisseur! Alors que toute la cour du palais saffairait autour de son maître, Ezariel séclipsa. Il grimpa les marches de lescalier principal dun démarche lente tout en se plongeant dans ses pensées. Cela faisait des années que tout le monde, et surtout son maître, le rejetait. Il pensait sêtre habitué à être privé de tout, mais ça nétait pas le cas... Il sentait toujours cette infinie mélancolie se déverser dans son coeur. Il marcha dans le couloir jusquà sa chambre et sarrêta devant la porte. Il se retourna et se pencha au balcon, regardant le soleil se coucher. Les nuages se coloraient des teintes de lOrient et les plaines au-delà des murailles de la ville sassombrissaient progressivement. « Un jour, je parcourrai ces étendues vertes à pieds, lépée dans le dos, et la liberté devant moi. » pensa-t-il.
.........
Il ouvrit les yeux et regarda le ciel. Du bleu, à linfini. La nuit était devenue jour, et le noir parsemé de points de lumière était devenu bleu. Tout était en ordre, et lordre des choses était toujours le même, comme chaque matin depuis la création de ce monde. Rien ne changeait, les rois gouvernaient toujours; les paysans travaillaient toujours; les pillards pillaient toujours; et Ezariel errait toujours de part le monde. Il se leva et vit son cheval qui, déjà réveillé bien avant lui, lattendait. Il mangea donc un morceau de pain et se mit en route, filant comme la foudre avec son étalon, dans lespoir de voir un jour autre chose que du sable. Et cest ainsi, en allant toujours plus vite, le sable écrasé sous les sabots du cheval, une traînée de poussière derrière eux, quils passèrent leur journée. Ils montèrent les dunes orangées puis les descendirent pour refaire le même chemin sur dautres, et sur dautres, et sur dautres... Les yeux rouges de Ezariel scrutant toujours lhorizon dentelée des montagnes, inlassablement. Il se rappela son rêve de la nuit, et tous les souvenirs quil avait provoqué à son réveil. Beaucoup de morceaux de son passé explosèrent dans son esprit alors quil chevauchait vers les montagnes. Lui enfant, perché sur un arbre, rêvant de liberté dans le ciel bleu, et au-delà, lui trahissant les siens après des années dintolérance, lui exprimant sa haine sur son propre maître, le frappant et le frappant et le frappant... Déjà la nuit tombait, et le désert faisait graduellement place à la verdure, la température baissait, et des nuages blancs arrivaient dans sa direction, annonçant larrivée dune tempête pour le lendemain. Il sapprochait des montagnes, et se sentit enfin soulagé davoir quitté cet enfer de sable infini. Il était arrivé dans ce désert trois semaines plus tôt, et avait appris à apprécier ma chaleur quil envoyait, le bruissement du sable et son envol grâce au vent, le silence... Mais il avait aussi rapidement appris à le détester, car il avait tourné en rond des jours durant, ses vivres diminuant à vus doeil, il se sentait gagné par la folie à chaque jour qui passait. A chaque que lenvie lui prenait de fermer loeil, il se souvenait des bruits incessants des cités, des mouvements quils ressentait dans les auberges insalubres. Comparés au silence qui régnait dans « létendue dorée », telle quil lappelait, lair de la civilisation était comme un paradis. Il avait apprécié les premiers jours, où il avait pu méditer et penser à son passé et au futur quil engendrerait, mais cela devenait rapidement insupportable. Arrivant prés dune forêt, il se délecta des bruissements de feuilles ainsi que du chant des oiseaux. A chaque arbre, de la vie sommeillait, et parfois se réveillait pour accomplir la tâche que la nature lui avait donnée... Laissant son cheval avancer au hasard, Ezariel sabandonna aux sensations qui se déchaînaient en lui et sassoupit.
........
Nas tu donc pas assez dormi cette nuit? Ou as-tu simplement trop voyagé aujourdhui? Que... Qui est là? Aucune importance. Je te repose la question: nas-tu pas assez dormi pour que tu te laisse aller dans ce bois et baisse ta garde? Tu nes plus dans le désert où seuls les scorpions et vautours vivent, ici, cest la forêt, et un voyageur mal intentionnée est peut-être en train de te voler. De quoi parles-tu? Je ne dors pas. Tu dors. Non. Je te le dis et redis: tu dors. Non! Tu le vois bien. Je suis sur mon cheval et... Tu nes pas à cheval. ... Tu comprends maintenant? Tu ne vois pas, tu ne sens pas, et tu ne mentends pas, tu sais juste ce que je te dit. Qui est-tu et que se passe-t-il? Allons, Ezariel... Tu sais parfaitement bien qui je suis. Je suis ton instinct, je suis ta conscience et celui qui te dicte tes actes, celui qui as fait en sorte que tu ne fasses jamais derreurs. Je... Je me souviens de toi. Cest toi qui mas ordonné de quitter Aakis, il y a sept ans. Et tu niras pas me dire que cétait une erreur, nest-ce pas? Cétait même une bonne idée, Regarde tout le chemin que tu as fait depuis. Je suis toujours un vagabond, rien na changé. Mais tes pouvoirs ont décuplé, et tu peux maintenant agir comme tu le souhaite. Daccord. Tu as raison, mais même si jai pu me détacher de Janiriel et des autres paladins, je nai jamais pu satisfaire mon ambition. Tu as encore du temps devant toi, Ezariel. Et ce rêve est jeune lui aussi, il lui faut encore du temps pour fleurir, sétoffer, devenir grand pour finalement se réaliser un jour. Tu te souviens du jour où tu as pris cette décision, Ezariel? Tu avait dix ans à peine. Ton frère venait de partir pour ne jamais revenir, mais tu nen savais rien, tu était juste perché en haut de cet arbre, entouré de branches et de feuilles, adossé au tronc. Tu regardais le ciel. Cest pour moi comme si cétait hier. Tu étais persuadé quil y avait un autre monde, caché derrière le bleu du ciel, seulement visible la nuit. Des îles flottantes, qui brillait dans lobscurité, les gens pensaient que ça nétait que des étoiles, mais toi, tu étais convaincu que cétait des idées qui reflétaient la lumière du soleil. Tu as eu alors le fol espoir quun jour, tu changerais le monde, tu le ferais se transformer en une civilisation aussi pure et lumineuse que le Monde dEn Haut, tel que tu lappelais. Tu ten souviens? ... Ezariel? Oui. Je men souviens. Cela a-t-il encore de limportance pour toi? Est-ce que tu penses encore pouvoir un jour modifier le cours des choses? Je... Non. Tu devrais, tu en as le pouvoir. Et cest toujours ton rêve, je le sens. Atteindre le paradis, rendre les hommes nobles sans lêtre toi-même, éliminer la violence, pouvoir oublier tes péchés... Pourquoi viens tu me parler? Pour te rappeler à lordre. Ton devoir est datteindre le sommets de notre monde et dêtre digne de ton rôle, tu le sais, non? Pourtant tu nas rien fait ces dernières années. Tu as erré de part le monde, étudiant des arts oubliés depuis longtemps. Tu as le pouvoir de renverser le Bien et le Mal, de faire vivre un monde où anarchie et idylle sont des synonymes. Tu le sais, non? Je le sais. Jai juste voulu trouver du pouvoir pendant ces sept dernières années, rien dautre. Tu nas rien appris. Je suis plus fort que nimporte qui! Prouve-le.
.......
Ezariel ouvrit les yeux, et vit les arbres défiler devant lui. La discussion avec son alter ego semblait avoir duré des heures, mais il savait que son sommeil navait duré quune seconde. Il leva la tête, et contempla la lumière du soleil qui dansait au rythme des feuilles. En observant le paysage, il apprit quil sapprochait des montagnes. Il tendit loreille et entendit, au-delà de bruits de la forêt, des pas, qui se rapprochaient. Un Kabir, de grande taille et de sexe masculin, armé dune épée et dun arc, sans pouvoir magique. Il arriva devant Ezariel juste après que celui-ci ait fait son analyse et sarrêta, scrutant le voyageur dun oeil curieux. Il porta la main à son épée. Ezariel sut quil allait devoir entamer un dialogue... Tags :
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Ezariel, Chapitre 2
2/9/2008
Il portait un long manteau noir, et sa tête était dissimulée sous son capuchon. Seuls ses deux yeux jaunes, signe distinctif des Kabirs, étaient visibles, luisant tels deux pépites dor dans lombre. Lépée quil portait au côté avait le symbole des mercenaires gravé sur la garde. Déjà la lame sortait du fourreau avec un bruit métallique, et reflétait le soleil couchant en des rayons chromés projetés sur les arbres. Ezariel aperçut dans les deux globes dorés de lindividu une pâle flamme, dune pureté quon ne voit pas chez les hommes de cette race. Qui était-il? Il se concentra, et alors que linconnu marchait vers lui avec son arme à la main, il pénétra son esprit. ***** Il se tenait debout, son visage pâle et enfantin levé vers le haut. Une étrange lumière blanche éclairait ses yeux de sang, les transformant en deux orbes fruités. Des plumes de colombe se posaient doucement sur son visage, glissant dans lair, comme émanant de la lueur venant du haut. Il regarda autour de lui. Le sol était pavé et jonché de feuilles dautomne. Non loin de là, un arbre dOrient. Les fleurs aux teintes roses qui lhabillait ondulait aux rythme dun vent léger. Le contraste entre les feuilles sur le sol et les fleurs dans larbre tira un sourire dadmiration à Ezariel. Où était-il? Assis aux pieds de larbre, comme endormi à lombre des branches, un Ange. Ses cheveux blonds tombaient sur son visage et ses ailes blanches sétendaient de chaque côté de son corps et caressaient le tronc de larbre, comme pour le protéger. Deux yeux bleus ensommeillés souvrirent, et regardèrent par-dessus lépaule dEzariel. Celui-ci regarda derrière lui, et vit une femme aux cheveux de jais. Elle le dépassa et savança vers lAnge qui se leva. On pouvait sentir le réconfort sur son visage, et Ezariel crut reconnaître la jeune femme.-Retrouve-le, fit-elle. Il est en grand danger.-Je ferais nimporte quoi pour vous, ma dame, répondit lautre. Mais je doute quil apprécie les Anges.-Dissimulez-vous, ou faites appel à quelque autre subterfuge que ce soit.Puis le lien spirituel se rompit, et Ezariel revint dans la forêt.***** Une voix forte lâcha une parole, qui alla résonner dans la forêt. -Ezariel le Nécromancien. Linterpellé leva les yeux. -Oui. -Je suis Raikan ElKabir. Je vous cherchais. -Vous me cherchiez? -Oui, jai besoin de vos dons de guérisseur. Cela vous étonne? -Que vous me cherchiez ne mimpressionne, mais que vous mayez trouvé, si, dit Ezariel avec un sourire. Vous mavez reconnu. -Il y a peu dhommes aux cheveux blancs et aux yeux rouges qui sortent de ce désert interminable. Suivez-moi, jai de leau au campement. -Au campement? Raïkan ne répondit pas et serpenta entre les arbres avant de disparaître à la vue dEzariel. Le Nécromancien considéra sa gourde, vide, et son sac, seulement rempli dair. Il décida de suivre linconnu, découter sa requête et daviser après. Après tout, si lhomme avait besoin de lui, il pourrait très bien encore allonger son voyage, mais pas sans un paiement respectable. Il rattrapa Raïkan, qui admirait les courbes crispées des arbres. -Vous savez, dit-il à Ezariel quand celui-ci arriva à sa vue, les plantes ont lair dêtre disposées ça et là dans la forêt, mais il nen est rien. Tout à été créé pour avoir un rôle. Comprenez-vous? -Je sais tout ça. Vous oubliez qui je suis. Que voulez-vous de moi? -On a besoin de vous à Daïrafélis. Une épidémie décime la cité, et la situation est critique. Les émeutes se multiplient et le roi est à bout. Lhistoire se corsait. Ezariel navait aucune envie de faire route jusquà Daïrafélis. Les épidémies étaient courantes au Royaumes Rouges, et elles disparaissaient en général delles-mêmes. -Cest non. Jai une longue route à faire et je... Raïkan lagrippa par le bras et le tira vers lui. -La mort vous attend là où vous allez! Ezariel se dégagea brutalement et dévisagea létrange individu. Ses soupçons étaient fondés: lAnge qui était allongé contre larbre... Cétait lui. -Vous aviez raison, dit Ezariel avec un sourire. Je napprécie pas les Anges. Qui vous envoie? Il avait attrapé la chemise de « Raïkan » et leurs visage ne se trouvaient qu^un souffle lun de lautre. -Vous la connaissez, dit lAnge sans sourciller. Elle se nomme Kalina. Ezariel écarquilla les yeux et descendit de son cheval, la tête en feu. La douleur lui transperçait le crâne au fur et à mesure que les souvenirs, tous les souvenirs, affluaient. Kalina... Il ne lavait pas vue depuis des années. Il lvait déjà oubliée, et elle voulait le retrouver. Il savait quelle ne prenait jamais les choses à la légère, et si elle cherchait à le protéger, la raison devait être bonne. Il sassit sur une souche, la tête entre les mains, ses yeux grands ouverts plongés vers ses genoux. -Explique-toi... murmura-t-il. La voix de lAnge, lointaine, lui répondit: -Janiriel projette de quitter Aakis. Et Akuma vous cherche lui aussi, mais il est avec Kalina. -Et Solar, demanda Ezariel dun air fataliste. -Il est avec Janiriel. -Cest son apprenti? -Non, son supérieur. Le Nécromancien releva la tête, agité. - Quoi?-Il a grandi, et vous aussi. Vous êtes devenu Mage de la Mort et lui Paladin... Ezariel plissa les yeux. -Où allons-nous? Raïkan sourit. -Vous êtes convaincu, à ce que je vois. Eh bien, dans ce cas, en route pour Daïrafélis...
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